Connaître

Co- comme connaître

Entre tradition et modernité

Les recherches en neurosciences confirment ce que les pédagogues avaient observé chez leurs élèves. C’est donc sans peur que nous nous intéressons aux neurosciences et à la pédagogie millénaire. Nous ne cherchons pas à inventer une pédagogie qui n’a jamais existé. Nous nous appuyons sur les recherches actuelles qui donnent encore davantage de crédit à certains points de la pédagogie traditionnelle tout en apportant cette touche de modernité nécessaire à une éducation d’enfants qui grandissent dans le monde actuel. Ces travaux insistent sur le concept de plasticité cérébrale, concept synonyme de notre croyance en l’éducabilité tout au long de la vie ! C’est pourquoi, le cerveau doit recevoir les stimulations cognitives, sociales et affectives qui lui permettront de poursuivre sa maturation.

Les nouvelles connaissances scientifiques sur les neurosciences cognitives sont maintenant accessibles aux enseignants[1]; ce qui leur permet d’être davantage compétents sur les mécanismes de la mémoire, de l’attention, des émotions comme sur les mécanismes de la lecture… Même si les conseils des neurosciences ne remplaceront jamais un maître et la pédagogie qu’il met en place dans sa classe, ceux-ci permettent d’aider l’enfant à progresser pour lui-même et au sein du groupe-classe. Nous proposerons donc une articulation originale entre « transmettre » et « apprendre » qui sont les deux faces d’une même réalité afin que les élèves construisent leur liberté ; nous apprendrons également aux enfants à mettre des mots sur leurs émotions ce qui leur permettra, entre autres, de grandir avec un coeur bon et généreux.

Spécificités pédagogiques concrètes

Pour prendre soin de son cerveau, de nombreuses pistes pédagogiques sont à retenir car il faut beaucoup de connaissances pour s’étonner et plus nous apprenons, plus nous nous s’émerveillons !

Pour transmettre et apprendre de concert

Ces deux pôles sont profondément complémentaires et ne s’excluent sous aucun prétexte. La tâche de la pédagogie est de les articuler en rendant le savoir apte à la transmission car parler, lire, écrire, compter et raisonner sont les quatre piliers didactiques sur lesquels reposent l’école des CoLibRis. La pédagogie coopérative selon P.Faure [2] permet de garder cet équilibre lors des temps d’enseignement : le temps de la réflexion, de la compréhension, de la répétition, du calme et de l’imagination seront ainsi préservés. Mais quelles que soient les bonnes conditions d’apprentissage, apprendre représente toujours un travail, même si celui-ci peut se faire dans la joie et la bonne humeur! Apprendre nécessite la confiance en l’adulte, l’envie de se sentir déstabiliser ; effort et persévérance ; acceptation des règles de vie dans un groupe non choisi qu’est la classe et l’école. De plus, ne pas oublier, que l’enfant, pour se construire a besoin d’une certaine routine, que cette routine le rassure et lui donnera des ailes pour plus tard !

L’école doit renforcer l’apprentissage de la rigueur et de l’effort intellectuels ; de l’expression orale, de la lecture de textes longs, de la mémorisation des connaissances fondamentales. L’école doit être le lieu où l’on découvre et aime son histoire car le passé donne sens à notre présent et construit notre avenir. Ainsi, elle transmettra les récits que les hommes ont tissés siècle après siècle. Parfois, certains élèves ont peur d’apprendre car ils n’ont pas reçu de réponses aux questions existentielles qui les habitaient. Un enfant apprendra difficilement si sa confiance en soi est trop fragile. Les deux outils que nous proposerons pour renforcer leur monde interne seront donc la culture dans son approche des grandes questions fondamentales et le langage dans son rôle de structuration de la pensée.

L’école des CoLibRis s’autorise à enseigner des contenus un peu différents de ceux préconisés par l’éducation nationale. Le contenu est cohérent avec les capacités de l’enfant et le plaisir d’apprendre vient aussi de ce qui est transmis. Parfois, il y a des connaissances dont l’enfant ne ressent pas le besoin immédiat mais qui sont les conditions pour parler, lire, écrire, compter et raisonner. Un des objets stratégiques de la pédagogie est de construire des progressions permettant de surmonter le paradoxe entre le sens de l’ensemble et le caractère inévitablement fragmentaire des acquisitions.

Nous proposerons donc :

  • D’ouvrir les perceptions en début de travail pour les préparer à entendre, voir… pour comprendre. Les perceptions ouvertes feront découvrir aux enfants la joie du travail.
  • L’apprentissage de l’anglais dès la petite section par un enseignant anglophone.

Les conversations en langues étrangères, les films en version originale… habituent l’oreille et l’effort de compréhension crée des liaisons synaptiques.

  • L’éducation musicale est également un puissant stimulant pour le cerveau. Le rythme est de l’ordre du mouvement, la vie est rythme…
  • Le numérique en classe de CM.

C’est l’acquisition solide des fondamentaux qui permet de donner sa chance à chaque élève, et non l’accès aux outils numériques. C’est pour cette raison que l’école des CoLibRis apprendra uniquement aux élèves de CM1 et CM2 à utiliser un logiciel de traitement de textes en apprenant à écrire sur le clavier avec leurs dix doigts.

  • Les projets

De la même façon que le corps a besoin de mouvement pour être en santé, le cerveau doit sans cesse être en émulation pour la réalisation d ‘un projet. Peu importe son échelle, l’important réside dans le fait de se projeter et de devoir s’adapter. C’est pourquoi dans le temps de travail coopératif, les enfants auront des plans de travail adapté à leur âge. C’est eux qui en lien avec le programme et les consignes des enseignants programmeront leur travail sur la semaine ou la quinzaine. Cette liberté encadrée leur permet de se mettre en projet en lien avec les exigences scolaires et leur réalité. Ces temps nécessiteront des ajustements qui font grandir les enfants en responsabilité et prise d’initiative. Le choix pourra consister dans la possibilité de se joindre à l’activité en respectant les règles ou de rester à l’écart sans rien faire car déranger les autres est interdit.

  • Les notes

Face aux situations stressantes, les jeunes enfants traversent des tempêtes émotionnelles ; celles-ci peuvent être dues à des situations extérieures à l’école mais également aux poids de certaines relations ou pressions excessives sur les matières d’enseignements ou les notes. La question d’ailleurs n’est pas de noter ou pas, mais de savoir pourquoi et comment nous procédons[3] et dans quel esprit nous le vivons. L’école des CoLibRis notera les connaissances acquises par les élèves. Les évaluations informeront l’élève de ce qu’il a appris et/ou de ce qui ne fonctionne pas encore.[4] Si besoin, l’école proposera des alternatives sur les moyens ou le temps impartis pour les élèves.

La sociabilité

L’homme se construit en société et non dans l’isolement. L’échange entre les enfants est une façon de se confronter à d’autres points de vue. Ces relations sociales s’apprennent sur la cour de récréation comme dans les temps scolaires. La pédagogie coopérative selon P. Faure propose des  » mises en commun, sorte de conseil coopératif. Il s’agit de se réjouir des réussites des autres, mais aussi d’apprendre à demander, recevoir, proposer de l’aide, ce qui me semble poser de bonnes bases de fraternité »[5] En effet, cette fraternité repose sur l’existence de plusieurs moi que sont les élèves pour en faire un nous. Et cet apprentissage sera consolidé par l’enseignement de la grammaire structurante dès les classes maternelles. Cet apprentissage permet donc aux élèves d’apprendre quelques règles fondamentales pour évoluer de manière équilibrée en société. Prenons un exemple : ni couper, ni monopoliser la parole et surtout écouter les autres ! La culture acquise à l’école permettra à l’enfant d’aller dans le monde et vers les autres, en restant libre. La réalité ne se laisse pas voir  toute seule[6] L’école a la mission d’être un médiateur entre l’enfant et le monde réel, par la culture qu’elle transmet.

Bien se connaitre pour mieux apprendre

Dans les années 1980, les travaux d’Antoine de La Garanderie[7] ont révélé différents profils pédagogiques d’élèves. Les visuels ont accès à la connaissance par la vue, les auditifs par l’ouïe, les kinesthésiques par le geste. H. Gardner affine cette connaissance des profils en introduisant le concept « d’intelligences multiples » mais lui-même aurait préféré le terme de « talent »[8]… Quelles que soient les dénominations choisies pour nous faire entrer dans les « cases de profils pédagogiques », la parole et l’analyse sont absolument indispensables pour tous les profils d’élèves afin qu’ils accèdent à la mémoire à long terme ; accéder à la mémoire à long terme est quatre fois plus lent que l’accès à la mémoire à court terme.  Un apprentissage de qualité nécessite du temps car les élèves doivent passer les apprentissages dans le cerveau analytique et ce passage ne s’effectue que grâce à l’analyse et la parole. Apprendre par coeur en comprenant et acquérir des automatismes permettent également de travailler et de développer sa mémoire à long terme.

Les sciences cognitives nous refont également découvrir que les enfants apprennent lorsqu’ils sont confrontés à une difficulté suffisamment importante pour être motivante. C’est ce que le pédagogue russe Lev Vygotsky appelle la zone proximale de développement ou la doctoresse italienne Maria Montessori les périodes sensibles… Ce qui est important, c’est de donner aux enfants envie d’apprendre, plaisir d’apprendre grâce à des enseignants qui transmettront un intérêt, un apport conséquent, une verbalisation et des relations entre les savoirs.

Cas particuliers

Nous nous donnerons la possibilité d’intégrer les élèves à besoins éducatifs particuliers en  nombre raisonnable et très réfléchi. L’école des CoLibRis devra rester fidèle à son objet : une école « extraordinaire » pour des élèves « ordinaires ». En effet, les enseignants sont des maitres et/ou des maitresses ordinaires. Les familles et les spécialistes tels les orthophonistes, les psychologues, les neuropsychiatres… sont des ressources. Nous travaillerons de concert avec eux afin d’aider au mieux ces élèves.

[1] Toscani P. 2013. Les neurosciences au coeur de la classe.

[2] Faure P. 1979. Un enseignement personnalisé et communautaire.

[3] Aberkane I. 2016. Libérez votre cerveau !

[4] Connac S. 2017. Enseigner sans exclure.

[5] Lachèze A. Présidente de l’Association internationale de recherche et d’animation pédagogique. Juillet 2016.

[6] Bellamy F.X. 2014. Les Déshérités ou l’urgence de transmettre.

[7] La Garanderie de A. 1993. Les profils pédagogiques : discerner les aptitudes scolaires.

[8] Gardner H. 1996. Les intelligences multiples : pour changer l’école, la prise en compte des différentes formes d’intelligence.